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Date : 15 octobre 2026

Méfions-nous des Gaulois réfractaires !

L’Histoire fait de la politique…

Je profite de la récente allusion à la Guerre des Gaules faite par Jean-Luc Mélenchon,
le leader du parti de gauche « La France insoumise »,
pour aborder ce qu’est l’Histoire ainsi que ses enjeux politiques.

Derrière ce titre un peu provocateur se cache en fait quelque chose de profond, il est question de notre rapport à l’histoire et de sa politisation.

En cette période de débats et discussions politiques, amorce des présidentielles 2027, il est important de se rappeler que faire référence à l’histoire n’est jamais neutre et anodin. L’histoire ne se contente pas de nous apprendre quelque chose sur ce qui a eu lieu, elle nous touche personnellement, fait appel à notre ressenti, nos émotions, parce qu’elle est directement liée à une certaine représentation de notre identité, de nos valeurs et de notre place dans le monde.


L’Histoire au sens pur ce sont des faits dans un contexte, que des chercheurs tentent de réunir, recouper et comprendre au prix d’un travail collectif colossal, nous permettant d’en savoir chaque jour un peu plus sur notre passé. Cependant l’histoire va bien au-delà de la discipline scientifique, dans les faits, c’est surtout une construction politique ancrée en nous telle une mémoire collective, offrant un récit servant de référence culturelle, de base identitaire, d’enseignements et de valeurs qu’on tire d’un passé plus ou moins réel, plus ou moins fantasmé.

Un récit que nous construisons et transmettons, qui rythme nos vies et structure nos sociétés. Pensez par exemple au storytelling autour de figures fondatrices ou de personnes connues, aux symboles, aux commémorations et aux traditions. Ces récits peuvent s’appuyer sur des faits solidement établis ou non, mais aussi sélectionner certains épisodes, en oublier d’autres, ou leur attribuer une signification particulière. Et c’est en tout cela  que se joue une partie de leur dimension politique.


Oui, je l’écris noir sur blanc, dès le départ pour que ce soit clair : l’histoire est un outil politique.

Elle est même l’outil politique majeur pour légitimer le pouvoir depuis des millénaires et sur lequel reposent énormément de discours et d’idéologies politiques. Pourquoi ? Tout simplement parce que le passé est une ressource pour définir qui nous sommes, ce que nous valorisons, ce que nous condamnons et ce que nous voulons accomplir. Pouvoir ainsi atteindre directement l’identité et les émotions des personnes concernées en fait un outil particulièrement efficace pour orienter l’opinion.

L’histoire est un récit

Et oui, si l’on utilise aussi le mot histoire pour désigner quelque chose d’inventé que l’on se raconte les uns aux autres, ce n’est pas pour rien. L’histoire est avant tout un récit, quelque chose qui est mis en forme et communiqué par des personnes. Bien sûr, cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas faire de l’histoire honnête, basée sur des sources historiques vérifiables et des travaux scientifiques sérieux. Mais le simple fait d’exposer ces faits en fera un récit, de par le choix du sujet étudié et de ce qu’on va en dire, du pourquoi on va le raconter et à quelle occasion, … Mais aussi car on ne pourra jamais communiquer une vérité exhaustive et objective, ce que l’on va transmettre sera toujours notre compréhension et interprétation d’une partie de cette vérité complète, la partie dont nous avons pu avoir connaissance. Toute personne qui vous dit le contraire vous ment ou n’en sait pas assez pour le comprendre, voire se voile la face, et il est important de se méfier des personnes affirmant l’histoire comme un argument d’autorité.

Voilà un premier redflag à identifier dans un récit historique. Ne confondons pas ce que les sources nous permettent d’établir avec la réalité exacte et exhaustive de ce qui s’est produit, une interprétation historique n’est pas une vérité définitive, soustraite à toute discussion.

Attention cependant à ne pas en prendre non plus le contrepied : le fait que l’histoire sera toujours un récit, avec des implications politiques, et non une vérité absolue et objective, n’est pas une raison pour s’abandonner au nihilisme, au négationnisme, aux croyances pseudoscientifiques ou aux théories du complot. Tout simplement parce que tous les récits historiques ne se valent pas, que ce soit en termes de fiabilité et de sérieux dans la démarche, ou d’objectifs et d’orientation du dit récit. Certains récits historiques peuvent être honnêtes, découler d’une démarche saine ou avoir une fiabilité importante quand d’autres seront toxiques ou mensongers.

Donc oui, même l’histoire en tant que discipline scientifique n’est pas simplement une accumulation de vérités absolues dépourvues de tout biais et de toute interprétation. Scientifique ou non, toute réflexion suppose de choisir des questions, de confronter des sources et de proposer des explications, avec les failles que ça peut avoir. Mais cette part d’interprétation et de formulation du récit ne signifie pas que toutes les versions se valent. Dans le cadre scientifique, les sources, les méthodes et la confrontation aux travaux existants imposent des contraintes réelles aux affirmations historiques. Il faut garder en tête que l’impossibilité de connaître parfaitement notre passé n’empêche pas la possibilité d’établir solidement des faits particuliers avec un très haut degré de certitude, et que même si on ne dispose pas d’une connaissance complète d’un événement ça ne signifie pas l’absence de vérités historiques établies.


Nous avons la chance aujourd’hui d’avoir des hommes et des femmes pouvant s’acharner jour après jour à retrouver des morceaux de notre histoire, à étudier toutes sortes de sources et réfléchir autour de ces sujets afin de mieux comprendre notre passé. Bien sûr, comme partout, certains font plus ou moins bien leur travail, d’autres trichent pour le profit ou sont biaisés par une idéologie, mais ils ne font pas consensus et seront progressivement identifiés et rejetés par leurs pairs, comme dans toutes les autres sciences. En France, nos scientifiques sont plutôt bien formés à avoir du recul sur leurs croyances, leurs émotions et leurs convictions et ils ont la chance d’avoir peu de pression idéologique afin de pouvoir se concentrer sur les faits historiques. Bien sûr cela n’est pas parfait, rien ne l’est en ce monde, mais la méthode scientifique a cela de beau qu’elle repose sur la réfutation des hypothèses avec une démarche collégiale dans laquelle les travaux seront confrontés et jugés par les pairs, un système fiable permettant de filtrer les études qui ne le sont pas. Une démarche d’autant plus saine et efficace qu’elle regroupe des profils variés, aux convictions et cultures diverses, d’où l’importance de la mixité dans le milieu scientifique, et l’essor de la science avec la mondialisation.

Nous en arrivons donc au deuxième redflag :

Méfiez-vous toujours des personnes qui rejettent le discours scientifique ou qui ne comprennent pas ce qu’est réellement la méthode scientifique.

Ce sont soit des personnes malhonnêtes qui contestent la démarche scientifique parce qu’elle donne tort à leur idéologie, soit des personnes qui appuieront leur réflexion sur tout et n’importe quoi indépendamment de la fiabilité réelle des informations, et donc qui vous proposeront un récit ne reposant pas sur des faits mais sur des convictions personnelles et des émotions. Cela peut faire une très bonne histoire ou un sujet de discussion entre amis intéressant, permettant de comprendre son ressenti par exemple, mais c’est inadapté à un argumentaire et une réflexion. Au même titre que les sciences, pour être pertinente, la politique doit en priorité reposer sur des informations et pas sur des émotions, afin de pouvoir y réfléchir et en débattre. Les émotions sont universelles et légitimes, elles font qu’un récit nous touche, nous mobilise, nous paraît juste ou injuste, et il est nécessaire de les prendre en compte. Elles ne permettent toutefois pas d’en établir la véracité. On ne peut pas débattre uniquement à partir d’émotions, celles-ci étant personnelles et faisant vite office d’arguments d’autorité.

Donc méfiez-vous lorsque des personnalités politiques vous servent un récit pour faire vibrer votre corde sensible, c’est rarement anodin, et c’est souvent une façon de convaincre sans argument.

La bonne chose à faire lorsque quelqu’un mobilise ainsi un épisode historique chargé d’émotion, c’est de distinguer ce que cet épisode nous fait ressentir, de ce que les sources fiables permettent réellement d’affirmer, puis d’examiner la conclusion politique que l’on nous invite à en tirer à la lumière de ces sources, pour vérifier que le raisonnement tient la route et ne fait pas fi de la réalité. Bien sûr, la politique a ça de compliqué que c’est une gestion systémique complexe à réaliser à partir d’informations parcellaires et ayant à trait à certaines choses n’étant pas objectivement bonnes ou mauvaises, mais plus de l’ordre du choix de société. De ce fait, une part de subjectivité, d’émotions et d’idéologie y sera forcément mêlée et ça n’est pas un souci, tant que cela se cantonne à combler les trous laissés par ce qui est indéterminé. L’important est de faire attention à ce que ces émotions et cette idéologie ne viennent pas au détriment des faits, des éléments prévisibles ou avérés.

En histoire,
il est important de ne pas confondre trois choses distinctes :

  • Le passé véritable :
    Le passé c’est la vérité objective et absolue, il s’est passé des choses avant, et elles ont eu lieu avec certains protagonistes, pour certaines raisons, dans certains contextes. Il est donc constitué de tous les individus, les créations, les événements, les actions, les environnements et les phénomènes qui ont réellement existé et nous ont précédés, indépendamment de la façon dont nous en avons connaissance. Le point clef est là, le passé est un concept théorique, il n’est pas réellement possible de “connaître le passé”, mais il est possible d’essayer d’en reconstituer et d’en comprendre certains aspects à partir des traces qu’il a laissées.
  • La connaissance historique :
    Cela concerne tout que nous pouvons supposer et interpréter avec plus ou moins de certitude du passé grâce au recoupement et à l’analyse des traces, des documents, des objets et des témoignages, … ainsi que leur mise en contexte. Il est question ici de l’Histoire au sens du fruit du travail de cette discipline scientifique. Cette connaissance ne peut jamais être parfaitement objective et exhaustive. Les traces sont fragmentaires, certaines ont disparu, d’autres sont difficiles à comprendre et ce travail repose sur les choix et réflexions d’humains, avec les biais que ça peut avoir. Les historiens formulent des questions, confrontent les sources, les replacent dans leur contexte et proposent des explications susceptibles d’être discutées et révisées. Cela va aboutir à des récits historiques scientifiques, ceux qui sont les plus probables, les plus proches du passé aux jours de leur compilation, ceux qui serviront de référence pour vérifier la fiabilité des autres récits historiques. Notre connaissance du passé prend ainsi nécessairement une forme construite et interprétée, mais cela ne signifie pas qu’elle relève de la fiction : elle demeure contrainte par les sources disponibles, les méthodes employées et la confrontation des résultats avec les travaux existants. La découverte des traces du passé, la connaissance historique et donc ce récit sont en constante évolution, intégrant sans cesse les nouvelles informations obtenues par la communauté scientifique. Cette évolution est l’une des causes de la démultiplication des récits historiques, chaque individu n’ayant dans son référentiel pas toutes les connaissances historiques évidemment, mais n’ayant également pas toutes ses connaissances à jour en permanence, ni même toutes issues de la même période. Les connaissances historiques de chacun sont un vrai patchwork (et cela vaut d’ailleurs pour toutes nos connaissances).
  • Le récit historique, le concept de mémoire collective appliqué à l’histoire :
    Cela regroupe toutes les manières dont nous comprenons, organisons, transmettons et interprétons ce passé, notamment pour le définir et lui donner un sens, mais aussi pour contextualiser et juger notre présent. Concrètement, cela regroupe tout échange humain sur l’histoire, comme celui-ci aura forcément à minima :
    • une sélection et un angle pris par celui qui dira la référence historique (dépendant de ce qu’il sait, de son interprétation de ce qu’il sait, de ce qu’il souhaite exprimer et dans quel but il l‘exprime)
    • une perception et une interprétation par celui qui la recevra selon un contexte et une subjectivité qui lui est propre (dépendant de ses références, de ses convictions, …).

Pour en savoir plus sur la démarche scientifique historique, je vous recommande de lire cet article d’introduction à la méthode historique publiée par Jérémie Lévesque-St-Louis dans la revue universitaire Histoire, Idées, Sociétés de l’UQÀM.

Pile de livres
La connaissance historique repose sur une démarche scientifique poussée pour laquelle de nombreuses sources sont recoupées dans l’objectif d’obtenir une information la plus complète et neutre possible.

Ceci étant dit, allons un peu plus loin dans notre réflexion.
Comme l’histoire est un récit, il est fondamental de ne pas nous arrêter à la simple question « Est-ce vrai ? », mais aussi de nous demander :

  • Qui raconte ce passé et quelles sont les sources à l’origine du récit raconté ?
  • Quel est le contexte de ce récit et de ses sources ?
  • Quel était l’objectif des sources à l’origine de ce récit et pourquoi la personne qui délivre ce récit les a-t-elle choisies ?
  • Quel angle a-t-il choisi pour son récit et dans quel but apparent ?
  • Qu’est ce que ce récit va pouvoir susciter chez les personnes qui le reçoivent et ses interprétations possibles ?

Comprendre le récit historique et ses enjeux

Ne dit-on pas que « l’histoire est écrite par les vainqueurs » ? Bien que le sens figuré de cette expression soit très intéressant et fasse lui aussi référence à l’histoire en tant que récit construit, nous nous intéresserons dans un premier temps à son sens plus littéral, l’histoire est écrite (ou dite) et elle l’est par quelqu’un, dans une certaine situation et avec un certain objectif.

Quand nous avons à faire à un récit historique, quelle qu’en soit la source, l’important n’est pas juste de se poser la question « est-ce que c’est vrai ? », parce que, comme nous venons de l’évoquer précédemment, « vrai ou faux », c’est plus compliqué que ça quand il est question d’histoire, et finalement les enjeux ne reposent pas  tant que ça sur la simple question de véracité du récit.

Par exemple, une bonne méthodologie d’analyse se présenterait plutôt comme suit : 


 Identifier précisément qui est la personne qui exprime ce récit, quelle est la déclaration et son contexte


Dans le cas d’une personne vous faisant directement part d’un récit historique, qui il est, quel est le propos exact du récit et dans quel cadre il a été énoncé peut être facile à déterminer, vous êtes aux premières loges. À la rigueur la question à se poser est de savoir si dans ce contexte la personne est influencée, contrainte, et donc si ce récit est en fait aussi celui de quelqu’un d’autre, ou si c’est bien son propre récit de l’histoire qu’elle délivre librement.

Cependant aujourd’hui de nombreuses informations nous arrivent de manière indirecte, par la télévision, les journaux, les réseaux sociaux par exemple, et dans ce cas-là un travail de recherche peut être nécessaire. Dans quel discours ou en réponse à quelle question ce récit a-t-il été évoqué ? Il faut faire attention aux sources indirectes car finalement le récit proposé devient également celui de la source en question et n’est plus seulement celui de la personne qui l’a initialement énoncé.

Bien sûr le récit journalistique n’est pas nécessairement un récit qui se substitue entièrement aux paroles du responsable politique, il s’appuie sur des citations directes, des observations du journaliste et des informations contextuelles et pas uniquement sur des choix et des interprétations éditoriales. Mais lorsque nous découvrons une déclaration par l’intermédiaire d’un média, nous n’avons plus seulement affaire aux propos de leur auteur, mais aussi à la manière dont ils ont été sélectionnés, contextualisés et présentés par le journaliste. Ce dernier pouvant également subir des contraintes éditoriales du journal et de ceux qui le produisent, faisant du “Qui” une composition issue de la compréhension, l’interprétation et les volontés de plusieurs personnes, un véritable monstre de Frankenstein ! Vous avez sûrement souvent constaté à quel point les phrases changent parfois radicalement de sens selon l’ordre dans lequel on les présente ou selon l’extrait qui en est sélectionné, l’angle choisi par le journal(iste) est donc déterminant. Le titre constitue lui-même une étape supplémentaire dans cette mise en récit par le média en question, privilégiant en général une approche sensationnaliste, ou autres accroches du type destinées à attirer l’attention, au détriment du véritable propos. Il faut donc distinguer les paroles originales de leur compte-rendu journalistique, pour pouvoir examiner aussi comment ce compte-rendu oriente notre compréhension.

Si je n’ai pas moyen d’avoir l’accès au vrai récit, de savoir qui est derrière, s’il est contraint ou rapporté, ou de connaître le contexte, je me retrouve face à un récit peu fiable, et je ne suis même pas sûr de pouvoir vraiment l’attribuer à la personne en question. Dans ce cas, il vaudra mieux prendre ce récit historique avec des pincettes et se garder d’analyser la personne et la déclaration à l’aune de ce récit.


Exemple : le discours de Jean-Luc Mélenchon du 10 octobre 2026


Reprenons l’anecdote du début, sur le discours de Jean-Luc Mélenchon du 10 octobre 2026 lorsqu’il faisait son traditionnel pèlerinage identitaire sur le plateau de Gergovie. Il est fort probable que vous n’ayez pas réellement été présent, entendu son discours et assisté à ses interviews, mais plutôt que vous l’ayez entendu par un extrait présenté à la télévision, ou que vous l’ayez découvert dans l’article d’un journal, et nous avons ici un très bon exemple de la complexité du « qui ? ». Car il ne sera finalement pas question ici du simple récit du candidat de La France insoumise lui-même mais du récit de ces médias sur le récit de ce candidat à la présidentielle, et évidemment que ce soit la télévision ou les journaux, ils n’en ont pas tous raconté la même chose.

Personnellement ce point m’a tout de suite sauté aux yeux dans le Figaro et c’est ce qui m’a inspiré cette anecdote et soufflé l’idée de faire cet article de blog. Alors que Jean-Luc Mélenchon exprime s’associer autant aux Romains qu’aux Gaulois, dans ce discours il semble surtout se définir et définir sa stratégie par des références aux Romains et aux techniques militaires de ces derniers, et pourtant l’article titre « Jean-Luc Mélenchon s’identifie en Vercingétorix contre César », une double inversion qui m’a parue cocasse.

D’un côté un candidat qui s’identifie et se compare aux Romains dans la description de sa campagne, mais qui précise qu’il se sent quand même Gaulois, malgré que ça n’aille pas dans le sens de son argumentaire et que la façon dont il les présente s’oppose aux caractéristiques qu’il énonce pour se définir. Une façon de les présenter qui est malheureusement influencée par quelques clichés, mais nous en reparlerons plus tard.

Cette précision qui en dit long sur la place importante dans l’identité française que le roman national a donnée aux Gaulois, au point de se sentir « gaulois » sans même savoir pourquoi, ou peut-être aussi de craindre qu’un discours exprimant ne pas se sentir « gaulois » serait exprimer ne pas se sentir « français ». N’oublions pas que d’un point de vue historique, il est question ici quand on parle de Gaulois d’une étiquette culturelle qui était déjà en partie cliché et déjà très associée à la culture romaine il y a 18 siècles, qu’elle comprenait des peuples divers qui n’occupaient même pas vraiment le territoire actuel de la France et n’étant même pas un état ni quoi que ce soit de ce genre qui aurait évolué à un moment en l’Etat de France. À ce stade d’imprécision nous sommes tout autant Romain que Gaulois, et les Anglais sont Français pendant qu’on y est ! La formule est volontairement drôle pour souligner qu’il n’est pas question ici d’une quelconque vérité historique ou d’un réel héritage gaulois chez nous autre Français, cela fait surtout référence à un récit qui s’est construit au cours du 19e et 20e siècles et revenant à la mode de nos jours dans le récit identitaire.

Pour ceux que le sujet de la création du “gaulois romantique” (en opposition au gaulois historique) et que l’étude de ce récit intéressent je vous conseille de lire quelques références que je vous met en bibliographie.

D’un autre ce titre, un choix éditorial qui n’est pas anodin et illustre bien mon propos, on y comprend tout de suite que l’article ne nous sert pas juste le récit de Jean-Luc Mélenchon, qu’il est aussi là pour servir le récit de ceux qui le publient. Il vient lui aussi se servir de tout cet imaginaire lié aux gaulois et aux romains, mais l’utilise sous un angle différent. L’idée de présenter ce candidat à l’élection présidentielle comme Vercingétorix, le premier héros de notre roman national, certes, mais celui qui est associé à la résistance et la rébellion. Dans le récit moderne (il n’est pas question d’une vérité historique ici), Vercingétorix c’est l’insoumis, le barbare qui porte la première fierté nationale et unifie le peuple gaulois par son combat héroïque mais conclu par la défaite. Et oui, n’oublions quand même pas que Vercingétorix est le martyr vaincu par la civilisation et l’État centralisé mettant fin à la France barbare et entamant la marche vers la modernité dans cette belle image d’Épinal. Le titre insistant bien sur un « Vercingétorix contre César », le rebelle mais pas seulement, un rebelle qui sera vaincu, il y a de quoi se demander s’il n’y a pas un message du journal en désignant ainsi le candidat de La France Insoumise quand les propos de ce dernier semblaient pourtant le placer en César.

Comparons-le avec Le Monde, qui réagit par un article à cette même visite et ces mêmes déclarations, dès le titre on comprend tout de suite mon propos sur la problématique de qui rapporte le récit : Ce journal choisit d’insister sur le fait que Jean-Luc Mélenchon a critiqué la primaire de la gauche, un angle d’attaque de l’évènement bien différent. Dans l’ensemble, nous y retrouverons à peu près les mêmes références, avec une place moins importante donnée au récit historique dans ce journal, mais globalement un contenu moins différent l’un de l’autre que ne l’aurait laissé présager les deux titres.

Florian
 
Découvrez Florian, de l'équipe du Projet CarTylion. Il est le créateur de notre projet transmédia, il gère à la fois la production et le travail de l'équipe.
Créateur du Projet CarTylion
 

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