On connaît tous Halloween, le 31 octobre, la fête à l’américaine où on enfile un costume (censé faire peur, juste moche ou mieux très sexy) et on va sonner chez les voisins pour demander des bonbons. Et alors, qu’est-ce qu’on fête ? Hé bien, c’est une fête qui permet faire une veillée avant la Toussaint, la fête de tous les saints, le 1er novembre.
C’est aussi une fête héritée de Samhain, la fête païenne dont nous vous avons déjà parlé dans cet article sur une soirée à la Taverne médiévale.
Le Jour des Morts, que l’on pourrait prendre pour une version mexicaine d’Halloween par sa date, est pourtant une tradition bien différente. Au Mexique, les 1er et 2 novembre sont consacrés à la mémoire des défunts, mais dans une ambiance qui surprend souvent les visiteurs (et nous les premiers lors de notre voyage en 2022) : ici, la mort n’est pas uniquement synonyme de tristesse. Elle se pare de fleurs, de couleurs, de musique et de souvenirs. Les familles se rassemblent pour accueillir symboliquement ceux qui les ont quittées, partager leurs plats préférés et raconter les histoires qui les font vivre encore un peu.
Mais d’où vient cette tradition ? Et pourquoi les squelettes souriants, les crânes décorés et les autels couverts de fleurs
sont-ils devenus les symboles d’une fête reconnue dans le monde entier ?
Une tradition entre héritages préhispaniques et catholicisme
Le Día de los Muertos, ou Jour des Morts, est le résultat d’une histoire culturelle complexe. Bien avant l’arrivée des Espagnols au Mexique, plusieurs peuples autochtones, notamment les Aztèques, accordaient une place importante à la mort et aux rites destinés aux défunts. La mort n’était pas nécessairement considérée comme une fin absolue : elle s’inscrivait dans un cycle plus vaste, associé aux croyances religieuses, aux divinités et aux différentes étapes de l’existence.
Ces civilisations organisaient des cérémonies en l’honneur des morts à des périodes précises de l’année. Les pratiques variaient selon les peuples et les régions, et il ne s’agissait pas d’une fête unique identique à celle que nous connaissons aujourd’hui.
Avec la conquête espagnole et l’évangélisation, ces traditions se sont progressivement mêlées aux célébrations catholiques de la Toussaint, le 1er novembre, et de la commémoration des fidèles défunts, le 2 novembre. De cette rencontre entre différentes visions du monde est née une tradition qui continue d’évoluer au fil des siècles.
Aujourd’hui encore, les coutumes varient considérablement selon les régions, les communautés et les familles. Certaines cérémonies sont très anciennes et profondément liées aux traditions autochtones, tandis que d’autres adoptent des formes plus contemporaines.
En 2008, l’UNESCO a inscrit les fêtes indigènes dédiées aux morts au Mexique sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Cette reconnaissance souligne l’importance de ces célébrations pour la transmission des croyances, des liens familiaux et de la mémoire collective.

Des autels pour accueillir les défunts
L’une des images les plus emblématiques du Jour des Morts est sans doute l’ofrenda : un autel préparé pour accueillir symboliquement les âmes des proches disparus.
Installé dans une maison, une cour ou un espace public, cet autel est généralement décoré avec soin. On y dispose des photographies des défunts, des bougies, des fleurs, de l’encens, de la nourriture et des objets qui leur étaient chers. Chaque élément possède sa signification, même si les compositions diffèrent d’une famille à l’autre.
L’ofrenda n’est pas simplement un monument à la mémoire des morts. Elle est conçue comme un lieu de rencontre entre les vivants et ceux dont ils gardent le souvenir. Les familles y déposent parfois le plat préféré d’un grand-parent, les friandises qu’aimait un enfant ou un objet rappelant une passion. L’idée est de rendre cet accueil aussi personnel que possible.
Parmi les éléments incontournables, on trouve souvent :
- des bougies, qui symbolisent la lumière guidant les défunts ;
- des verres d’eau, destinés à étancher leur soif après leur voyage symbolique ;
- du sel, associé à la purification ;
- des objets religieux, selon les croyances de la famille.
Certains autels sont organisés sur plusieurs niveaux, auxquels on attribue différentes significations. Il n’existe cependant pas de modèle unique imposé : l’ofrenda est avant tout une création familiale, façonnée par les traditions locales et les souvenirs de chacun.
Difficile de manquer les couleurs du Jour des Morts
L’orange éclatant des fleurs de cempasúchil (en Français la rose d’Inde), souvent appelées fleurs des morts ou soucis mexicains, domine de nombreuses décorations. Ces fleurs sont particulièrement associées à la fête des morts, notamment pour leur parfum doux-amer. Leurs pétales sont parfois disposés au sol pour former un chemin entre l’extérieur et l’autel familial. Selon la tradition, leur couleur vive et leur parfum aident à guider les âmes vers leurs proches.
Les bougies viennent compléter cette lumière chaleureuse, tandis que le papier découpé, appelé papel picado, apporte de la légèreté aux décorations. Ces feuilles de papier colorées, découpées de motifs complexes, représentent souvent des squelettes, des fleurs ou des scènes de la vie quotidienne. Suspendues en guirlandes, elles ondulent au moindre souffle de vent.
Ce contraste est essentiel : le Jour des Morts ne cherche pas à effacer la tristesse de la perte. Il propose plutôt de l’entourer de vie, de beauté et de souvenirs.


Calaveras, squelettes et sourires macabres
Impossible d’évoquer le Día de los Muertos sans parler des calaveras, ces crânes qui apparaissent partout pendant les célébrations.
On les retrouve sous forme de friandises en sucre ou en chocolat, de figurines peintes, de dessins et de décorations. Les crânes en sucre, ou calaveras de azúcar, peuvent être ornés de motifs colorés et porter le prénom d’une personne. Ils sont parfois déposés sur les autels ou offerts en cadeau.
À première vue, ces représentations peuvent sembler étranges : pourquoi célébrer la mémoire des morts avec des squelettes souriants et des têtes de mort bariolées ? Parce que la mort est ici représentée sans être systématiquement dissimulée ou transformée en spectacle horrifique. Elle fait partie de la vie et mérite qu’on se souvienne d’elle, sans que la peur soit la seule émotion possible.
Cette imagerie est notamment liée à la calavera literaria, un petit texte satirique qui imagine une personne rencontrant la Mort, souvent sous la forme d’une plaisanterie. Ces écrits se moquent gentiment de personnalités connues, de figures publiques ou de proches.

La Mort devient un personnage avec lequel on peut dialoguer, plaisanter et même négocier.
Le pain des morts et les plats préférés des disparus

Une célébration qui rassemble les familles ne serait pas complète sans un bon repas.
Et le Jour des Morts ne fait pas exception !
La nourriture occupe une place importante dans les offrandes. On prépare des recettes appréciées par les défunts, on partage des plats traditionnels et l’on se retrouve autour de la table pour évoquer les souvenirs familiaux.
L’une des spécialités les plus connues est le pan de muerto, littéralement le « pain des morts ». Cette brioche légèrement sucrée est souvent parfumée à la fleur d’oranger ou à l’anis, selon les recettes. Sa forme ronde est généralement décorée de morceaux de pâte qui évoquent des os. Au centre, une petite boule rappelle parfois un crâne.
On trouve également sur les autels des fruits, des boissons, des tamales ou d’autres spécialités : le menu dépend des coutumes de la région et, surtout, des goûts des personnes que l’on souhaite honorer.
Ce qui compte n’est donc pas seulement la recette, mais ce qu’elle représente.
Préparer un plat que l’on associait à une personne disparue, c’est faire revenir un fragment de sa présence dans le quotidien.
Une fête pour les morts… et pour les vivants
Le cimetière devient un lieu de retrouvailles
Dans de nombreuses communautés, les familles se rendent au cimetière pour nettoyer et décorer les tombes de leurs proches. Elles y apportent des fleurs, allument des bougies et peuvent rester plusieurs heures, parfois jusque tard dans la nuit.
Selon les lieux et les traditions, ces visites prennent des formes très différentes :
Certaines sont silencieuses et recueillies ; d’autres s’accompagnent de musique, de repas partagés et de conversations.
Dans certaines localités, les tombes sont couvertes de fleurs et les allées s’illuminent à la lueur des bougies.
Le Jour des Morts est souvent présenté comme une célébration joyeuse, mais cela ne signifie pas que le deuil y est absent. La fête offre plutôt un cadre collectif pour se souvenir, exprimer ses émotions et partager ce que cette personne a laissé derrière elle.
Elle rappelle aussi que les traditions ne sont pas figées. Elles se transmettent, se transforment et se réinventent. Les pratiques familiales côtoient aujourd’hui des manifestations publiques, des expositions, des spectacles et des représentations artistiques. Le Día de los Muertos est devenu célèbre bien au-delà du Mexique, notamment grâce au cinéma, aux arts visuels et aux célébrations organisées dans d’autres pays.
Cette popularité internationale a toutefois son revers : il est facile de réduire cette tradition à quelques accessoires colorés, un maquillage de squelette et une décoration à thème. Or, derrière les images spectaculaires se trouvent des histoires familiales, des croyances et des pratiques qui méritent d’être comprises et respectées.


Pour vous immerger dans cette fête et ses significations (et travailler votre anglais), regardez cette vidéo très didactique :
Le Jour des Morts nous invite finalement à regarder la mort autrement, à l’apprécier comme une réalité que l’on peut apprivoiser à travers la mémoire, les récits et les gestes partagés. Alors, si Halloween nous invite à jouer avec nos peurs, le Día de los Muertos nous propose une autre expérience : célébrer les liens qui nous unissent, même lorsque la mort nous a séparés.
Dès que tu oublies le nom de quelqu’un ou d’un concept, alors c’est la mort
C’est aussi exactement le principe des Souvenirs dans l’univers de 3ème Aube et une raison pour laquelle nous sommes particulièrement touchés et pourquoi nous voulions présenter cette fête du Día de los Muertos sur notre blog du Projet CarTylion.
Laisser un commentaire
Vous devez vous connecter pour publier un commentaire.